Maman, sport et charge mentale : pourquoi est-ce si compliqué de trouver du temps pour soi ?

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Maman, charge mentale et sport – Par Radia Djoudar.

Deux heures de sport. Sur le papier, cela peut paraître totalement anodin. Or, pour de nombreuses mères, parvenir à libérer deux heures de leur temps relève parfois du parcours du combattant. 

Entre le travail, les devoirs, les nuits écourtées et l’organisation du quotidien, l’activité physique passe souvent au second plan. Et pourtant, bouger ne sert pas seulement à entretenir sa condition physique. 

Le sport peut aussi être un moment pour soi, dans une routine où l’on répond sans cesse aux besoins des autres 

Quand devenir mère change complètement la notion du temps

Avant la naissance d’un enfant, pratiquer une activité physique ne demande généralement qu’un minimum d’organisation. C’est après son arrivée que les choses se compliquent souvent. 

Participer à un cours de yoga, s’inscrire à la salle ou encore aller courir une heure implique parfois de devoir trouver un mode de garde ou de s’accorder avec son conjoint. Pour certaines mères, notamment celles qui élèvent seules leurs enfants, la difficulté est encore plus importante. 

Une situation qu’a vécue Stéphanie Mandret, ostéopathe et maman : “ Avant d’avoir un enfant, je ne me posais même pas la question. Si j’avais envie de faire du sport, j’y allais. Après, tout est devenu plus compliqué. Trouver une heure pour soi demande parfois une véritable organisation. Et pourtant, le sport ne sert pas seulement à se muscler ou à entretenir sa condition physique. C’est aussi un moment où personne ne vous sollicite. Une parenthèse où l’on n’est plus au travail, où l’on n’est plus dans les couches, les compotes ou les devoirs. C’est finalement une forme de repos.” 

La question dépasse donc largement le simple cadre sportif.

Car derrière la pratique se cache un besoin fondamental : celui de disposer d’un peu de temps personnel. Pour de nombreuses femmes, ce moment de répit devient aussi précieux que l’activité physique en elle-même. 

Une activité bénéfique pour la santé

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), afin de préserver leur condition, les adultes devraient pratiquer entre 150 et 300 minutes d’activité physique modérée par semaine. 

Le sport contribue notamment à prévenir les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète et de dépression. 

Le ministère des Sports rappelle également que la pratique physique pendant et après la maternité présente de nombreux bénéfices lorsqu’elle est adaptée à la situation de chaque femme.

Enfin, au-delà des effets sur la santé physique, le sport agit sur le bien-être psychologique. Courir, nager ou encore pratiquer une activité en groupe permet souvent de souffler et de se reconnecter à soi-même.

Les femmes particulièrement touchées ?

Les chiffres montrent notamment que les femmes rencontrent plus de difficultés à atteindre les niveaux d’activité physique recommandés.

Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), 70 % des femmes se situent en dessous des niveaux d’activité physique identifiés comme favorables à la santé, contre 42 % des hommes.

L’Anses estime également que 95 % des adultes français sont exposés à un risque pour leur santé lié à une sédentarité excessive ou à un manque d’activité physique. 

Si ces chiffres ne concernent pas seulement les mères mais aussi les pères, ils sont représentatifs d’une réalité sociétale : dans un monde où le temps manque à beaucoup de personnes, les contraintes familiales peuvent rendre l’accès au sport encore plus difficile.

Le casse-tête de l’organisation

Pour beaucoup de parents, l’obstacle principal n’est pas le manque de motivation, mais l’absence de vraies solutions. Les salles de sport équipées d’espaces de garde sont relativement rares. 

Les horaires des clubs ne concordent pas toujours avec les contraintes familiales. Et les activités organisées en soirée entrent souvent en concurrence avec les devoirs, les repas ou le coucher des enfants. 

Certaines structures tentent tout de même de s’adapter en acceptant la présence d’enfants pendant les séances ou en proposant des activités parent-enfant. Ces initiatives restent cependant limitées et ne peuvent pas répondre à toutes les situations.

Quand le sport doit aussi s’adapter

Face à ces contraintes, les femmes  développent leurs propres stratégies. Par exemple, certaines font leur footing avec une poussette adaptée (type poussette-cross). D’autres réalisent des séances de renforcement musculaire ou de yoga à domicile pendant la sieste des enfants.

 D’autres encore choisissent de transformer les moments familiaux en occasions de bouger : promenade à vélo, marche, randonnée ou sortie à la piscine.

Toutefois, il est important de noter que faire du sport avec son enfant est différent d’un moment entièrement consacré à soi : “ Ce n’est pas toujours simple. À la piscine avec son enfant, par exemple, on reste concentrée sur lui. On ne fait pas cinquante longueurs. C’est agréable, mais ce n’est pas forcément un temps entièrement pour soi. “ explique Stéphanie Mandret. 

Dans le cadre de sa profession, elle rencontre régulièrement des personnes confrontées à ce problème “ J’ai aussi rencontré des patientes qui se heurtaient aux mêmes difficultés. Quand c’était possible, nous réfléchissions à une meilleure répartition du temps avec leur conjoint afin qu’elles puissent retrouver un espace personnel.” 

Le rôle du conjoint 

Dans beaucoup de familles, la possibilité de pratiquer une activité physique dépend aussi de la répartition des responsabilités. Lorsque la gestion des enfants et les tâches domestiques  reposent principalement sur une seule personne, trouver du temps devient plus difficile. 

Certaines mères expliquent ainsi avoir retrouvé une pratique sportive grâce à une meilleure répartition du temps familial avec leur conjoint.

Pouvoir consacrer une heure à une activité physique implique parfois qu’une autre personne prenne le relai durant ce laps de temps, ce qui n’est pas toujours simple quand aucun relai familial n’existe à proximité.

Faire du sport autrement

Heureusement, pratiquer une activité physique ne veut pas nécessairement dire s’inscrire dans une salle ou courir le marathon. 

L’OMS rappelle que toute activité physique est préférable à l’inactivité et que chaque mouvement compte.  Marcher plus, se déplacer à vélo, prendre les escaliers ou faire quelques exercices à domicile : tout cela peut contribuer à réduire la sédentarité.

Une question de santé, mais aussi de bien-être

Finalement, la difficulté des mères à pratiquer une activité physique ne relève pas uniquement du sport. Elle interroge également sur la place accordée au temps personnel dans la vie de famille.

Prendre soin de soi devient parfois une nécessité pour préserver son équilibre physique et mental. 

Et si le sport peut contribuer à cet équilibre, ce n’est pas uniquement grâce à ses effets sur le corps, mais aussi parce qu’il offre un espace où l’on existe autrement que comme salarié ou parent.

Comme le résume Stéphanie Mandret : “ la question n’est pas seulement de savoir comment faire du sport quand on est mère, mais aussi comment continuer à exister en tant que femme lorsque le quotidien est entièrement organisé autour des besoins des autres.” 

A retenir : 

  • Les femmes sont plus nombreuses que les hommes à ne pas atteindre les recommandations d’activité physique.
  • La maternité constitue souvent une période où la pratique sportive diminue fortement.
  • Le manque de temps et les difficultés de garde sont les principaux obstacles.
  • Le sport apporte des bénéfices physiques mais aussi psychologiques.
  • Toute activité physique compte, même lorsqu’elle est réalisée par petites périodes.
  • Préserver du temps pour soi est également un enjeu de santé et de bien-être.
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